Michel Roy
Bachelier et professionnel de l'immobilier, l'auteur réagit à l'opinion intitulée «Stratégies révolues», qui a été publiée le 9 mars 2013.

La Presse

J'ai lu avec attention le point de vue de Marc-Olivier Gagné qui déclare que les courtiers n'ont pas su s'adapter, que les honoraires sont trop élevés et que les courtiers devraient offrir des services à la carte et des tarifs forfaitaires.

De toute évidence, M. Gagné n'est pas un professionnel de l'immobilier et n'a aucune connaissance du travail sur le terrain.

Premier mythe à démolir: la récente réforme du courtage immobilier a eu peu d'impact sur le travail du courtier.  Elle ne servait pas à modifier les stratégies de mise en marché, mais simplement à adapter le cadre législatif en particulier sur les formulaires obligatoires et les règles d'incorporation.

Deuxième mythe: la formation obligatoire des courtiers n'est pas nouvelle.  Elle était obligatoire de 1994 à  juin 2012.  La nouvelle loi avait aboli ce prérequis mais l'ensemble de la profession a crié fort son désaccord et on vient tout juste d'annoncer qu'elle redeviendra obligatoire à compter de septembre 2013.  Près de 700 heures sur les bancs d'école!

M. Gagné affirme: «Il m'apparaît injustifiable de garder le cap sur des honoraires d'environ 6%» parce que «la valeur des propriétés a littéralement explosé depuis 15 ans. » On attaque ici le «noeud de l'affaire».  Au moins 95% des courtiers demandent une rétribution de 5% ou moins.  La compétition est féroce et la percée des courtiers à rabais comme Proprio Direct a eu un effet important.  Je crois que la rétribution moyenne se situe présentement entre 4,5% et 5%.  Maintenant, pour être juste, il faut aussi dire que tout autour les prix ont «explosé».  En deux ans, notre permis d'exercice est passé de 900$ à près de 1600$ par année, les frais d'affiliation aux chambres immobilières ont suivi le même rythme. Et que dire du coût de l'essence, de l'espace publicitaire et j'en passe. Donc, si je comprends bien le discours de M. Gagné, il nous faudrait, nous les courtiers, être tout simplement plus performant et à moindre coût.  Ça ressemble beaucoup à la position de plusieurs «carrés rouges»:  on veut une meilleure éducation et à moindre coût.  On pourra toujours en reparler lorsque le courtage immobilier deviendra un service public essentiel (!).

En plus de l'explosion de ses coûts d'opération, un courtier doit se mettre à jour constamment afin de comprendre ce qu'est un champ magnétique, les dangers du radon, l'ocre ferreuse, les bandes de protection riveraine, les nouvelles réglementations municipales ou environnementales, les nouvelles normes de construction, les techniques de négociation, les garanties légales, les assurances-titres, les techniques d'évaluation ou d'arpentage ou encore les signes d'une culture de cannabis.  Les formations... on les paie de notre poche.

Un bon courtier, c'est un guide et un conseiller.  Il a développé une véritable expertise en devenant familier avec tous les aspects d'une transaction immobilière.  Les sites transactionnels n'offrent rien de tout cela et leurs conseils sont transmis au téléphone par des «conseillers» qui n'ont même pas visité votre propriété ou celle qui vous intéresse.

Quand on veut les services d'un courtier, on recherche un accompagnateur qui connaît bien son secteur et qui peut nous éviter bien des problèmes.  Un courtier respecte un code de déontologie.  Quel est le code de conduite d'un site transactionnel comme Duproprio.com (propriété de Power Corporation)?  Quelle est la responsabilité professionnelle d'un site transactionnel?  Quels sont mes recours légaux contre Viaproprio (propriété de Québecor)?

Bien sûr qu'il y a dans nos rangs de mauvais courtiers.  Des courtiers du type vendeur-sous-pression dont les valeurs morales sont discutables. Mais ceux-ci peuvent être détectés facilement... et de loin.  Consultez le site le notre ordre professionnel (oaciq.com) pour savoir qui enfreint les règles ou simplement analysez la qualité des fiches d'inscription d'un courtier (quantité d'information fournie, qualité des photographies, qualité du français écrit...).  L'explosion de nos coûts d'exercice et la compétition de plus en plus intense se chargeront bien d'éliminer les mauvaises pommes dans ce gros panier.

Enfin, je suis personnellement contre la tarification forfaitaire.  Cette pratique nous ramènerait inévitablement au même niveau que les sites transactionnels.   En tant que courtier, je suis plus qu'un simple site internet, je suis plus qu'un simple négociateur.  Je suis un intermédiaire qui prend à coeur les intérêts de toutes les parties impliquées dans une transaction.

La profession de courtier immobilier n'est pas menacée et elle évolue bien plus rapidement que certains le pensent.

Consultez l'article d'origine sur La Presse

Par

Laissez-nous un commentaire